La communauté Agile française est en ébullition. Une nouvelle étape dans l’auto-organisation des équipes a été franchie le mois dernier. Depuis plusieurs années, nous entendons parler d’enjeux autour de l’auto-organisation des équipes pour qu’elles deviennent plus performantes. Cet événement fera date : Romain, Lead Developper, vient de se faire licencier de son entreprise pour faute grave : il a eu une liaison avec la copine du Scrum Master.
Si ce licenciement semble être banal parmi d’autres, c’est son mode opératoire qui souligne l’innovation organisationnelle qui se trouve derrière : la décision a émergé au sein de son équipe, et plus précisément du stagiaire qui était arrivé dans l’entreprise un mois avant.
Le stagiaire, Xavier, encore galvanisé par cette prise de décision pour le moins surprenante, explique les raisons qui l’ont motivé à prononcer le licenciement : “J’ai un peu le béguin pour Sarah (la copine du Scrum Master, ndlr) moi aussi, et je n’ai pas pu accepter que Romain soit passé à l’acte. J’ai donc, en accord avec les principes d’auto-organisation au sein de l’équipe, décidé de le licencier”. Une décision qui n’a eu pas besoin d’être entérinée par l’ensemble de l’équipe : l’auto-organisation se veut autant collective qu’individuelle.
Le Scrum Master, interrogé par les juges prud'homaux à ce sujet (Romain a voulu contester le licenciement) a insisté sur ce principe : “L’auto-organisation est l’affaire de tous, et de chacun à la fois. Les décisions prises par les membres du groupe n’ont pas besoin d’être contrôlées. Nous faisons confiance. Car la confiance est le pilier central de l’Agilité”.
Les juges prud’homaux font face à un dilemme. Le code du travail ne permet pas aux stagiaires de prononcer le licenciement, mais le lobbying de la communauté Agile sur le gouvernement est tel qu’une ordonnance est en cours de rédaction par le cabinet du Premier Ministre pour faire sauter cette contrainte “d’un autre temps”, dixit Edouard Philippe.
Nous avons tenté de joindre Sarah pour qu’elle puisse exprimer sa position sur cette situation, mais elle n’a pas donné suite à nos appels.
Par Raphaël Geneteix
